Investissement & allocation

1 million d’euros placé : quel revenu peut-on réellement en tirer ?

1 million d’euros placé peut-il financer 3 000, 5 000 ou 6 000 € par mois ? Rendement, retraits, inflation et risque : combien peut-on réellement en tirer ?

Par Victor Demonchaux
9 min de lecture

Un portefeuille qui réalise 6 % de performance moyenne ne vous verse pas nécessairement 5 000 € par mois. Et surtout, cette performance moyenne ne signifie pas que vous pourrez prélever 5 000 € tous les mois pendant vingt ou trente ans sans réduire progressivement votre patrimoine.

À titre purement arithmétique, 1 million d’euros produisant 2 %, 4 % ou 6 % par an correspond respectivement à environ 1 667 €, 3 333 € ou 5 000 € par mois avant frais et fiscalité. Mais ces montants décrivent une performance théorique, pas une rente mensuelle garantie ni nécessairement soutenable dans le temps.

Si vous disposez de 1 million d’euros, la vraie question n’est donc pas seulement de savoir combien ce capital peut rapporter. Elle est de savoir quel niveau de vie il peut réellement financer, pendant combien de temps et avec quel niveau de risque.

Prenons le cas de Julien, 50 ans. Après la cession d’une partie de son entreprise, il dispose de 1 M€ de capital financier personnel, en plus de sa résidence principale.

Il aimerait désormais tirer 5 000 € par mois de ce capital.

Est-ce réaliste ? Cela dépend beaucoup moins d’un rendement théorique de 6 % que de la manière dont son patrimoine est organisé.


01Combien rapporte 1 million d’euros placé par mois ?

Commençons par le calcul le plus simple.

Rendement annuel hypothétiquePerformance annuelle sur 1 M€Équivalent mensuel théorique
2 %20 000 €1 667 €
4 %40 000 €3 333 €
6 %60 000 €5 000 €

Ces chiffres sont arithmétiquement corrects. Ils restent pourtant faciles à mal interpréter.

Il s’agit de rendements hypothétiques, et non de revenus garantis. L’AMF rappelle que le rendement futur d’un placement financier ne peut pas être connu avec certitude et qu’un potentiel de rendement plus important s’accompagne généralement d’un risque plus élevé.

Un portefeuille peut par ailleurs progresser de 60 000 € sur une année sans avoir distribué 60 000 € en espèces.

C’est cette différence entre performance et argent réellement disponible qu’il faut maintenant comprendre.


02Rendement, revenu et retrait ne veulent pas dire la même chose

Supposons que le portefeuille de Julien vaille 1 M€ au 1er janvier et 1,06 M€ au 31 décembre.

Sa performance est de 6 %, soit 60 000 €.

Mais cette performance peut provenir d’intérêts, de dividendes, de distributions ou simplement de la hausse de valeur de certains investissements. Julien ne reçoit donc pas nécessairement un virement de 5 000 € chaque mois.

S’il souhaite réellement disposer de cette somme pour financer son train de vie, il pourra éventuellement vendre périodiquement une partie de ses placements.

Il faut donc distinguer trois notions :

  • la performance du portefeuille, qui mesure sa variation globale de valeur, revenus réinvestis compris ;
  • le revenu distribué, qui correspond aux sommes effectivement versées par certains actifs ;
  • le retrait, qui correspond à l’argent que Julien prélève de son patrimoine pour le dépenser.

Cette distinction évite notamment de construire tout un portefeuille autour d’actifs qui distribuent beaucoup de revenus simplement parce que l’objectif est d’obtenir une somme mensuelle.

Un investissement qui distribue peu peut contribuer à la performance globale du patrimoine. À l’inverse, une distribution élevée ne garantit ni une meilleure performance totale ni une meilleure préservation du capital.

Pour Julien, la variable la plus importante devient donc le montant qu’il retire chaque année.


03Le vrai chiffre à regarder : 6 % de retrait, pas 6 % de rendement

Julien souhaite prélever 60 000 € par an sur un patrimoine de 1 M€. Son taux de retrait initial est donc de 6 %.

Ce 6 % ne doit surtout pas être confondu avec un objectif de rendement. Il mesure la pression que son niveau de vie exerce sur son capital.

Si le portefeuille progresse fortement une année, le retrait peut être absorbé plus facilement. S’il baisse fortement, Julien doit toujours financer ses dépenses alors que son patrimoine vient déjà de diminuer.

Autrement dit, obtenir 6 % de performance moyenne sur longue période et pouvoir retirer durablement 6 % par an sont deux propositions très différentes.

La question suivante devient donc beaucoup plus utile : que veut-il encore posséder dans dix, vingt ou trente ans ?


04Préserver le capital, son pouvoir d’achat ou le consommer ?

La réponse change complètement selon l’objectif poursuivi.

Préserver 1 M€ en valeur nominale

Julien peut vouloir disposer encore d’environ 1 M€ dans vingt ans.

Son patrimoine doit alors financer ses retraits sans durablement passer sous le montant initial.

Mais préserver le chiffre inscrit sur le relevé de compte ne signifie pas nécessairement préserver la même richesse.

Si l’objectif principal consiste à préserver le montant nominal avec très peu de fluctuations, des supports à capital garanti comme le fonds en euros peuvent par exemple jouer un rôle dans certaines allocations, selon les conditions du contrat. Mais ils ne garantissent pas la préservation du pouvoir d’achat : leur rendement futur peut rester inférieur à l’inflation.

Protéger 1 M€ nominalement et préserver la valeur réelle de 1 M€ sont donc deux objectifs différents.

Préserver le pouvoir d’achat du capital

L’inflation réduit progressivement ce qu’une même somme permet d’acheter.

Supposons, uniquement pour illustrer le mécanisme, une inflation moyenne de 2 % par an.

Pour disposer dans vingt ans d’un capital offrant approximativement le même pouvoir d’achat que 1 M€ aujourd’hui, il faudrait alors atteindre environ 1,49 M€ en valeur nominale.

Préserver le pouvoir d’achat du patrimoine est donc plus exigeant que simplement conserver le chiffre de 1 M€.

Accepter de consommer progressivement le capital

Julien peut aussi considérer que son million a précisément vocation à financer son niveau de vie.

Il peut souhaiter aider ses enfants de son vivant, voyager davantage, diminuer son activité professionnelle ou simplement profiter du patrimoine accumulé.

Dans ce cas, une partie de ses dépenses peut volontairement provenir du capital lui-même.

La question patrimoniale n’est donc pas toujours : « Comment ne jamais toucher au capital ? »

Elle peut être : « Quelle partie du capital puis-je raisonnablement consommer, à quel rythme et pendant combien de temps ? »


05Pourquoi une performance annualisée d’environ 6 % ne garantit pas 5 000 € par mois

Supposons que 1 M€ connaisse cinq performances successives de :

+20 %, +12 %, +8 %, 0 % et -8 %.

Sans aucun retrait, le capital atteint environ 1,34 M€ après cinq ans, soit une performance annualisée proche de 6 %.

Si l’on inverse simplement l’ordre des performances :

-8 %, 0 %, +8 %, +12 % et +20 %

le résultat final reste exactement identique : 1 335 398 €, soit environ 1,34 M€.

Sans retrait, l’ordre dans lequel arrivent les bonnes et les mauvaises années ne change donc pas le capital final.

Ajoutons maintenant un retrait de 60 000 € à la fin de chaque année.

Avec les bonnes années au début, Julien termine avec environ 1 038 612 €, soit environ 1,04 M€.

Avec les mauvaises années au début, il termine avec environ 948 576 €, soit environ 949 000 €.

Même capital initial, mêmes cinq performances, même performance annualisée d’environ 6 %, mêmes 300 000 € retirés au total.

Pourtant, les deux patrimoines finaux présentent un écart de 90 036 €.

Mêmes performances, ordre inversé.Un capital final différent.

Même rendement annualisé d’environ 5,96 % · Retrait de 60 000 € chaque année

Scénario A

Bonnes années d’abord

Année 1+20 %
Année 2+12 %
Année 3+8 %
Année 40 %
Année 5−8 %
AnnéeCapital début
d’année
PerformanceCapital après
performance
RetraitCapital
fin d’année
11 000 000 €+20 %1 200 000 €−60 000 €1 140 000 €
21 140 000 €+12 %1 276 800 €−60 000 €1 216 800 €
31 216 800 €+8 %1 314 144 €−60 000 €1 254 144 €
41 254 144 €0 %1 254 144 €−60 000 €1 194 144 €
51 194 144 €−8 %1 098 612 €−60 000 €1 038 612 €
Capital final avec retraits60 000 € retirés par an1 038 612 €

Scénario B

Mauvaises années d’abord

Année 1−8 %
Année 20 %
Année 3+8 %
Année 4+12 %
Année 5+20 %
AnnéeCapital début
d’année
PerformanceCapital après
performance
RetraitCapital
fin d’année
11 000 000 €−8 %920 000 €−60 000 €860 000 €
2860 000 €0 %860 000 €−60 000 €800 000 €
3800 000 €+8 %864 000 €−60 000 €804 000 €
4804 000 €+12 %900 480 €−60 000 €840 480 €
5840 480 €+20 %1 008 576 €−60 000 €948 576 €
Capital final avec retraits60 000 € retirés par an948 576 €
Hypothèse pédagogique : capital initial de 1 000 000 €, retrait de 60 000 € à la fin de chacune des cinq années, hors frais et fiscalité.

Pourquoi ?

Parce que lorsque les baisses arrivent tôt, Julien retire ses 60 000 € sur un capital déjà diminué. Les hausses suivantes s’appliquent alors à une base plus faible.

C’est ce qu’on appelle le risque de séquence des rendements.

Lorsqu’un investisseur retire régulièrement de l’argent, l’ordre dans lequel arrivent les bonnes et les mauvaises années peut donc modifier fortement le résultat final.

Voilà pourquoi une performance annualisée proche de 6 % ne signifie pas que Julien peut considérer ses 5 000 € mensuels comme une rente stable et sans conséquence sur son capital.


06Frais, fiscalité et inflation : ce qui reste réellement disponible

C’est souvent ici que le chiffre affiché par un placement devient trompeur.

Un rendement brut de 5 % ne signifie pas que 5 % du capital peuvent être dépensés librement chaque année.

Le passage du rendement affiché au revenu réellement utilisable ressemble plutôt à ceci :

rendement brut → frais → fiscalité → inflation → pouvoir d’achat réellement financé

La fiscalité dépend notamment des actifs détenus, de l’enveloppe utilisée, de la nature des gains réalisés et de la manière dont le capital est retiré.

L’inflation intervient ensuite sur le résultat économique réel. Une progression de 4 % du patrimoine dans un environnement où les prix augmentent de 2 % ne correspond pas à un enrichissement réel de 4 % en pouvoir d’achat.

Cela ne signifie pas qu’il faille rechercher un placement capable de produire chaque année un rendement net parfaitement stable après inflation. Ce placement n’existe pas.

Le point à comprendre est simplement que le rendement brut d’un portefeuille et le niveau de vie qu’il peut financer sont deux choses différentes.


07Concrètement, comment Glizio répartirait le million d’euros de Julien ?

Pour prendre position, retenons les hypothèses de ce cas pédagogique fictif : Julien a 50 ans, dispose de 1 M€ de capital financier personnel et souhaite financer 5 000 € par mois, soit 60 000 € par an. Il n’a pas de dépense exceptionnelle importante prévue à très court terme. Il accepte une certaine volatilité sur la partie de son patrimoine destinée au long terme. Son objectif n’est pas de garantir que le pouvoir d’achat de son million restera intégralement intact pour toujours, mais il souhaite éviter de consommer son capital trop rapidement.

Pour répondre à ses besoins, nous construirions trois poches ayant chacune une fonction différente.

Première poche : 180 000 € pour financer trois années de dépenses

À 5 000 € par mois, trois années représentent 180 000 €.

Cette somme aurait pour fonction première d’être disponible et peu volatile. Elle pourrait être répartie entre des supports de court terme et de faible risque adaptés à la situation : fonds en euros, fonds monétaires, dépôts à terme ou obligations très courtes de bonne qualité.

L’objectif de cette poche n’est pas de maximiser le rendement.

Elle permet surtout à Julien de ne pas être obligé de vendre ses actions après une forte baisse des marchés simplement parce qu’il doit financer son train de vie.

Deuxième poche : 270 000 € pour apporter davantage de visibilité à moyen terme

Nous orienterions principalement cette partie vers des actifs obligataires Investment Grade et des supports dont l’échéance peut être mise en cohérence avec les besoins futurs de Julien.

Une fraction limitée pourrait éventuellement être investie dans des produits structurés si leur formule répond à un objectif précis et si Julien accepte leurs conditions de coupon, de protection et de liquidité.

Nous ne considérerions toutefois pas les coupons conditionnels de ces produits comme nécessaires au paiement de ses dépenses essentielles.

Troisième poche : 550 000 € pour rechercher de la croissance à long terme

C’est sur cette poche que nous accepterions davantage de volatilité.

Nous privilégierions principalement une exposition diversifiée aux marchés actions internationaux, notamment via des ETF larges, afin de rechercher une croissance du capital sur longue période.

Dans le cas précis de Julien, nous ne placerions pas le private equity ou les cryptoactifs au cœur de cette poche.

Pourquoi ? Parce que son million doit déjà financer une partie importante de son niveau de vie. La liquidité et la capacité à rééquilibrer son portefeuille ont donc davantage de valeur que pour un investisseur disposant, en parallèle, de plusieurs millions d’euros d’autres actifs.

Ces actifs pourraient éventuellement constituer des satellites si Julien disposait d’un patrimoine beaucoup plus large ou acceptait explicitement leur risque et leur illiquidité. Ils ne seraient pas notre point de départ ici.

08Comment financer les 5 000 € de retraits mensuels ?

Les retraits mensuels seraient d’abord financés par la poche de liquidité.

L’objectif n’est toutefois pas d’attendre trois ans jusqu’à ce qu’elle soit entièrement vide.

Lorsqu’une année est favorable sur les actifs de long terme, une partie des gains ou du capital peut être arbitrée pour reconstituer progressivement la poche de dépenses.

À l’inverse, après une forte baisse des marchés actions, Julien peut continuer à financer son niveau de vie avec les actifs les moins volatils plutôt que de vendre immédiatement sa poche de croissance.

Cette organisation ne supprime pas le risque de marché.

Elle permet en revanche de mieux choisir le moment où l’on vend les actifs les plus volatils, ce qui est précisément l’un des enjeux du risque de séquence évoqué plus haut.

Est-ce que nous validerions réellement 5 000 € par mois ?

Pas dans toutes les configurations.

Si Julien nous dit que son objectif non négociable est de conserver indéfiniment le pouvoir d’achat de son million tout en retirant 60 000 € par an, nous considérerions l’objectif trop exigeant pour construire sereinement la stratégie autour de cette seule hypothèse.

Nous préférerions réduire le niveau de retrait, attendre l’arrivée d’autres revenus ou accepter explicitement qu’une partie du capital soit consommée plutôt que de chercher artificiellement davantage de rendement.

En revanche, si Julien accepte que son capital puisse fluctuer, qu’il peut progressivement en consommer une partie et que d’autres revenus prennent éventuellement le relais plus tard, l’objectif de 5 000 € mensuels devient une problématique d’organisation du patrimoine plutôt qu’une simple recherche d’un placement à 6 %.

C’est une différence fondamentale.

La répartition précise doit ensuite être ajustée à l’ensemble des actifs, projets et risques déjà présents dans le patrimoine. C’est cette étape que nous développons dans notre analyse consacrée à la construction d’une allocation d’actifs adaptée à son patrimoine.


09Peut-on vivre avec 1 million d’euros placé ?

Oui, mais certainement pas en considérant qu’un million d’euros constitue automatiquement une rente perpétuelle de 5 000 € par mois.

Le seuil du million possède d’ailleurs une force psychologique assez trompeuse. Une fois ce capital atteint, la vraie question n’est plus seulement de savoir combien il peut rapporter, mais combien de risque il est encore nécessaire de prendre pour financer la vie que l’on souhaite. C’est aussi l’idée développée dans cette analyse sur le « mensonge du million ».

La réponse dépend surtout de la durée pendant laquelle le capital doit financer les dépenses, des autres revenus du foyer et du patrimoine que vous souhaitez conserver à terme.

Une personne qui doit financer son niveau de vie pendant cinq ans avant de percevoir d’autres revenus n’est pas dans la même situation qu’une personne de 50 ans qui attend de son portefeuille qu’il finance quarante années de dépenses.

De la même manière, accepter de consommer progressivement une partie de son patrimoine permet davantage de retraits que vouloir transmettre intact son pouvoir d’achat.

Dans le cas de Julien, notre position est donc assez claire.

Nous ne chercherions ni un placement unique à 6 %, ni un portefeuille construit uniquement autour des dividendes ou des coupons.

Nous sécuriserions d’abord plusieurs années de dépenses, nous construirions ensuite une poche apportant davantage de visibilité à moyen terme, puis nous laisserions une partie importante du capital chercher de la croissance sur longue période.

Et si Julien refusait toute baisse du capital tout en exigeant 60 000 € de retraits annuels, nous commencerions par remettre en cause son objectif de revenu plutôt que par augmenter artificiellement le risque de ses placements.

1 million d’euros n’est pas une rente prédéterminée. C’est un capital qu’il faut organiser selon ce que vous voulez réellement financer, préserver et transmettre.

C’est cette logique qui doit guider plus largement une stratégie d’investissement et d’allocation construite à l’échelle du patrimoine.

Les informations présentées dans cet article ont une vocation pédagogique et ne constituent pas un conseil personnalisé.